Depuis plusieurs années, Aaron Swartz fait partie de ces figures tutélaires du Web, et plus largement du monde numérique, dont on ne sait plus très bien ce qu’elles ont fait. Mais son nom et son aura demeurent, intactes, pour tous les libres penseurs, les défenseurs des libertés, et les pourfendeurs de normes édifiées à la va vite. S’il était né quelques années plus tôt, son visage serait certainement apparu sur les campagnes d’Apple Think Different. Disons en tout cas que ce slogan lui collait parfaitement à la peau. Il s’est malheureusement suicidé en 2013 à l’âge de 26 ans.

Un ouvrage vient de paraître aux éditions B 42 intitulé Aaron Swartz, Celui qui pourrait changer le monde. Il réunit des écrits d’Aaron Swartz publiés pendant près de 10 ans sur son blog et autres publications. Culture libre, ordinateur, éducation, politique, les analyses d’Aaron se faisaient transversale avec en ligne de mire la nécessité de ne rien tenir pour acquis et de trouver des solutions simples grâce a la collaboration et la coopération des individus. Comme ce livre le rappelle dans une formule qu’il fait sienne,

« construisons juste quelque chose qui fonctionne ».

Ce credo, qui a fait le succès du Web et d’Internet, a bien souvent été attaqué, plus que de raison, par tous ceux qui pensent que le contrôle, la régulation et la censure permettent à la liberté de subsister plutôt que là saine émulation, parfois désordonnée, née des initiatives individuelles agissant dans un but commun. Bien sûr que son discours peut parfois sembler naïf ou utopiste, à moins que l’on ne se plonge dans ses textes et que l’on ne se rende compte alors que son propos était tout sauf simpliste. Il demeure même malheureusement encore d’actualité. Il fait notamment le récit de sa contribution à la lutte contre le projet de loi SOPA aux États-Unis, une tentative de censure d’Internet.

Aaron Swartz pendant les manifestations contre SOPA

À la page 98, son texte fait écho à notre monde numérique actuel et les débats sur la fin de la neutralité d’Internet et autres tentatives d’atteinte à nos libertés d’expression ou de gestion de nos données personnelles. Il écrit :

« Et cela recommencera. Avec un nom différent, c’est certain, peut-être avec un autre prétexte, en provoquant des dégâts d’une autre manière. Mais ne vous y trompez pas : les ennemis de la liberté de connexion ne se sont pas évanouis. Cette fureur dans le visage des hommes politiques n’a pas été éliminée. Il existe un grand nombre de personnes, très puissantes, qui veulent bâillonner Internet. Et pour dire les choses franchement, il n’y en a pas tant que cela qui ont un intérêt manifeste à soustraire Internet à ces menaces. Même les plus grosses sociétés du Web, pour dire les choses comme elles sont, tireraient un grand bénéfice en évoluant dans un monde où des rivaux de taille bien plus modeste seraient censurés. Nous ne pouvons pas laisser les choses se dérouler ainsi. »

Je  vous invite fortement à lire cet ouvrage, simple dans la forme mais plus complexe sur le fond, qui permet de ne pas oublier les enjeux et débats parfois cachés derrière la technologie. Réseaux sociaux, communications chiffrées, algorithmes, intelligence artificielle, sont autant de mots qui font écho à notre humanité bien plus qu’aux potentialités de progrès qu’elles supposent. Aaron Swartz n’a eu de cesse de mettre au premier plan l’humain et son discours n’a jamais été autant d’actualité. C’est une voix qui manque aujourd’hui pour nous aider à penser différemment notre monde numérique. Les débats seraient certainement vifs autour de Facebook, de Google, ou d’Amazon, s’il était parmi nous, mais, à n’en pas douter, son esprit est toujours vivant,

Bonne lecture !

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